04.05.2008
Littérature sur Mai 68 : les pavés ne font plus recette
Pour ses quarante ans, Mai 68 fait un retour en force dans l'espace public. Emissions spéciales, hors-séries de quotidiens de l'époque, témoignages,... la révolte populaire devient, comme beaucoup d'évènements historiques, un marché pouvant s'avérer lucratif. A Montpellier, les quatres grandes librairies de l'Ecusson (FNAC, Virgin, Sauramps et Gibert Joseph) consacrent leurs vitrines et leurs rayons à l'évènement. Plus d'une centaines d'ouvrages sont disponibles mais aussi des cds, dvds et produits dérivés en tout genre. Devoir de mémoire ou vague marketing?

La tendance verse dans la nostalgie plutôt que dans la découverte. Pour Alain Monge, responsable de l'espace vente à Sauramps : « C'est globalement un public qui a connu Mai 68, même jeune. Pas mal étudiants n'apprécient pas que l'on compare tout le temps les mouvements étudiants actuels à ce qui s'est passé en Mai 68. » Au Virgin, même son de cloche de la part du responsable, Philippe Castelneau : « Les livres de nostalgie et de commémoration marchent mieux que les livres de fond. » A la Fnac, rares sont les têtes blondes qui s'arrêtent devant le rayon dédié. Pour Paul, 65 ans, hypnotisé par les images des barricades diffusées sur l'écran géant : « Cela me fait une sensation bizarre de revoir tout ça. A part ceux qui, comme moi, y étaient, je ne vois pas qui cela peut intéresser. Et encore, je ne vais pas acheter ce que j'ai vécu en vrai. »
Quels sont les succès et les flops des rayons?
Les ouvrages « grand public » comme le Hors-série de Télérama (1) ou les recueils de photographies marchent très fort, au détriment du texte pur et des analyses du mouvement contestataire.Exception faite de l'ouvrage de Daniel Cohn-Bendit, Forget 68 (2). Le leader de l'époque se trouve en bonne place sur les rayons. Témoignage également et succès surprise pour Le Jour où mon père s'est tu, de Virginie Linhart (3). « Les gens cherchent davantage de témoignages, de souvenirs. Par exemple, les slogans de 68 (4)se vendent très bien, c'est petit et pas cher, on le place d'ailleurs en appel de caisse comme pour les chewing gum. », précise Alain Monge. Au rayon des bides, Les Années 68 (5), ouvrage très complet mais très épais, n'attire pas les foules. Le public étant en majorité grisonnant, les ouvrages destinés à ceux qui n'ont pas connu Mai 68 ne s'arrachent pas. Au Virgin, «les ouvrages clins d'oeil ne décollent pas, les gens restent attirés par ce qui est visuel » explique M.Castlelnau. Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy, de André et Raphaël Glucskmann illustre bien le type d'ouvrage qui surfe sur la vague (7).

Beaucoup de bruit mais pour quoi?
Entre les quatres « grands de Montpellier », le bilan apparaît comme mitigé. A Gibert Joseph, qui consacre le plus petit espace à Mai 68, « Globalement, cela ne marche pas », explique la responsable qui a agencé le rayon suivant ses goûts pour les ouvrages. D'ailleurs, le rayon ne passera pas le mois de Mai. Sauramps a mis, quant à lui, les petits plats dans les grands. Le lieu consacre à Mai 68 toute sa vitrine de l'étage inférieur, en plus du rayon Actualités : « On a commencé il y a déjà deux semaines pour un résultat satisfaisant. L'évènement fait grimper les ventes de tout le rayon actualité politque et si la vitrine s'arrête fin mai, le rayon restera jusqu'à mi-juin ». En tout, une centaine d'ouvrages s'affichent à Sauramps, tout comme au Virgin ou un PLV (Publicité sur lieu de vente) est mis en place pour tout le mois de mai. Le choix des ouvrages sélectionnés résulte d'un rapport rentablilité/qualité. On parle alors de « choix judicieux » ou « pertinent » et on raisonne en terme de « potentiel » de l'auteur à faire vendre. La Fnac ne s'embarasse pas de ce genre de questions et remporte la palme de l'offre. Un grand rayon au fond du magasin avec un large écran plat et plusieurs petits coins consacrés à tout ce qui peut ou a pu avoir un rapport avec Mai 68. Mais c'est une opération nationale et personne ne souhaite répondre aux questions sur la pertinence et la stratégie d'une telle opération. Le catalogue spécial Mai 68 ressemble d'ailleurs à à la liste de noël d'un soixante-huitard passionné : slogans, affiches, ouvrages de fond, de forme mais également tout ce qui a pu passer musicalement pendant l'année 68 (Georges Moustaki, la comédie musicale Hair, Michel Polnareff, The Grateful Dead,etc). La stratégie de la chaîne s'ouvre même sur le mouvement hippie, la liberté sexuelle, l'émancipation des femmes et tout ce qui a pu découler du mouvement de Mai 68 jusqu'à aujourd-hui, c'est dire que l'offre est large mais avec parfois, une pertinence mystérieuse.

Finalement, Mai 68 est à la France, ce que 1907 a été à la région Languedoc Roussillon : la commémoration d'un événement marquant avec tous les points de vues et les produits disponibles sur la question. Alain Monge, de Sauramps, conclut sur ce phénomène: «Si on compare Mai 68 et 1907 dans les ventes : le premier bénéficie de beaucoup plus de titres disponibles mais pour le nombre d'exemplaires vendus par titre, 1907 arrive premier, ce qui n'empêchera pas l'anniversaire de Mai 68 de faire plus de chiffre que celui de 1907. » La déferlante Mai 68 arrive à Montpellier comme une vaguelette sur le Lez. A la question posée par le catalogue spécial de Sauramps, que reste-t-il de nos révoltes?, il semble bien triste de répondre : la nostalgie de la forme et non du fond.
Notes :
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Télérama Hors-série, Mai 68 : l'héritage, N° 153, avril 2008, 8,50 €.
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1968, Magnum dans le monde, Magnum Photos, Hazan, 2008, 35 €.
Patrick Mahé, 68, Nos Années choc, Plon, 2008, 35 €.
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Daniel Cohn-Bendit, Forget 68, Ed. De l'Aube, 2008, collection Monde en Cours, 12,90 €.
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Virginie Linhart, Le jour où mon père s'est tu, Seuil, 2008, Collection Essais, 16 €.
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Enragés anonymes, Interdit d'interdire : slogans et affiches de la révolution, mai 68,
L'Esprit Frappeur, 2005, 7 €.
Julien Besançon, Journal mural: mai 68, Tchou, 2007, Collection les murs ont la parole,
7,50 €.
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Patrick et Charlotte Rotman, Les Années 68, Seuil, 2008, Collection Beaux Livres, 59 €.
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André et Raphaël Glucksmann, Mai 69 expliqué à Nicolas Sarkozy, Denoël, 2008, 18 €.
18:49 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sauramps, Virgin Megastore, Gibert Joseph, Mai 68, Fnac, Livres, Marketing
16.04.2008
CALAMITY JANE EN DEDICACE A MONTPELLIER
Martha Jane Canary s’est fait connaître dans le grand Ouest sous le surnon de Calamity Jane.
Loin de l’image que l’on peut avoir d’elle à travers les albums de Lucky Luke, Christian Perissin et Mathieu Blanchin lui consacre un album plus personnel, consacré à cette figure féminine du Far West. Orpheline à dix ans, Martha Jane Canary fuit un mariage forcé et commence son périple à travers les Etats américains. Le dessin de Perissin est vif et la solidité du scénario de Blanchin compense le flou historique qui entoure la jeune femme.Le premier tome, Calamity Jane - Tome 1, les années 1852-1869, est déjà disponible.
Quentin Clairembourg
Dédicaces des auteurs aujourd’hui à 15h à la Fnac, centre commercial du Polygone.
Tél : 0467997328
19:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : BD, FNAC, Calamity James
14.04.2008
PAS TOUS LES JOURS FACILE D'AVOIR 20 ANS
Ça s’appelle "une brève histoire de la Gazette"* et ça raconte l’atypique parcours de l’hebdomadaire "la Gazette de Montpellier". Ça aurait dû être une mise en perspective de l’histoire d’un journal qui s’est construit contre le "mastodonte" Midi Libre et une réflexion sur le rôle de la presse locale. Ce n’est qu’une indigeste hagiographie de l’hebdomadaire créé par Pierre Serre. Si c’avait été un fascicule offert à l’occasion de la fête très "gauche caviar" organisé dans le lieu le plus pompeux de la ville en octobre dernier pour les 20 ans du journal, pourquoi pas. Mais cette pseudo réflexion est vendue 12,50 euros. Ca fait cher le tract de propagande.
Car les auteurs n’hésitent pas à manipuler les chiffres (comptabilisant par exemple les exemplaires gratuits avec les ventes) et surtout à oublier ceux qui gênent. Car depuis quelques années, la diffusion de l’hebdo est en baisse constante (- 1000 exemplaires entre 2005 et 2007, alors que la population augmente) La Gazette qui hésite entre magazine et sujets trash, paye probablement ses titres racoleurs (comme en novembre 2007 la mise en scène d’une interview d’un chef d’entreprise, qui s’avérera bidon 3 mois plus tard), sa manie de travestir parfois les faits (notamment à propos de Montpellierplus) et sa trop grande proximité avec le pouvoir Frêchiste. Bref, sa difficulté à se réinventer. D’ailleurs sur les 117 pages du livre, seulement 9 lignes sont consacrées aux problématiques de la presse gratuite et d’internet. Ça laisse présager de la capacité d’anticipation d’un journal qui pour avoir marqué les années 90, a un peu raté le cap du XXIe siècle.
Didier Thomas-Radux
*"Une brève histoire de la Gazette", P.Bainpré et A.Zambeaux. NPL éditeur
11:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : La Gazette de Montpellier, NPL éditions, Pierre Serre
